Incertitude et temps de l’innovation : interview de Philippe Silberzahn

Incertitude et temps de l’innovation : interview de Philippe Silberzahn

Tout le monde ou presque « innove » aujourd’hui, contribuant chaque jour un peu plus à galvauder ce qui reste néanmoins un facteur-clé de la croissance des entreprises. L’innovation reste pourtant une stratégie payante, particulièrement dans son approche « disruptive », quand il s’agit de concevoir et de commercialiser des produits ou services radicalement novateurs ; quand sa cousine, l’innovation « incrémentale », se contente d’ajuster l’existant dans une approche plutôt pointilliste. Au-delà de la question de la stratégie à adopter entre ces 2 approches, la notion de temporalité de l’innovation semble aujourd’hui essentielle. Comment trouver le juste équilibre entre stabilité et rupture, et le bon timing entre court terme et long terme ? Est-ce encore pertinent ? Pour nous éclairer, Philippe Silberzahn*, spécialiste de l’innovation de rupture et de l’incertitude.   Comment peut-on piloter sa stratégie d’innovation aujourd’hui ?   Valorial : Dans un article paru repéré dans les échos en 2016, le journaliste avance que « l’accélération est devenue l’obsession d’une société qui l’associe au progrès ». Paul Virilio la voit comme une menace et pense qu’on a atteint « le mur du temps ». Pour Jeremy Rifkin, « l’efficacité est devenue notre valeur temporelle suprême ». Cette question du temps est essentielle pour une entreprise aujourd’hui. Philippe Silberzahn : Elle est en effet cruciale. Chaque révolution industrielle s’accompagne d’un phénomène d’accélération, décuplé aujourd’hui par la révolution numérique. Plus que l’accélération, c’est la non-linéarité du temps qui impacte le plus les organisations : des phénomènes de rupture naissent sans avoir d’impact visible sur la société et du jour au lendemain, ça s’accélère. Le low cost aérien en...
Comment gérer l’échec dans un processus d’innovation ?

Comment gérer l’échec dans un processus d’innovation ?

“L’échec est le fondement de la réussite.” Lao Tseu. Si l’innovation est la clé d’une économie dynamique, elle ne va pas sans son pendant : l’échec. D’après cette étude Nielsen, les faits et les chiffres sont là : en Europe, 90% des lancements produits se soldent par un échec. Mais c’est aussi reconnaître qu’un produit sur dix connaît le succès. Verre à moitié vide ou verre à moitié plein, tout est question de points de vue et surtout d’intégration de cette donnée inhérente au processus d’innovation qu’est l’échec. Alors, comment faire avec pour mieux gérer l’échec en innovation ?       Qu’est-ce que l’échec ? La définition de l’échec revêt plusieurs sens, celui de faillir certes, mais aussi celui de toucher le fond, avec la possibilité donc de rebondir. Définir l’échec, c’est aussi s’interroger sur le sens du mot réussir. Dans un processus d’innovation, il est indispensable de se poser la question de la réussite attendue. Est-elle uniquement le succès commercial ? Une innovation impacte tant de facteurs dans l’entreprise que l’on pourrait envisager la réussite pour chacun de ces facteurs. Parler d’innovations ratées ou de réussite est donc bien une façon de voir la réalité à un instant donné ou d’envisager un processus plus long, plus large, dans lequel l’échec est une étape. Pour paraphraser Winston Churchill, “le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme”, une façon de nous dire que l’échec est un apprentissage.   Accepter le risque d’échouer La culture de l’innovation intègre totalement le risque d’échouer. Pour innover, il faut faire des essais donc faire des erreurs. Mais cette culture de...
Innovez mieux : objectivez vos intuitions !

Innovez mieux : objectivez vos intuitions !

Le secteur agroalimentaire est un des secteurs les plus dynamiques et concurrentiels. Les IAA se classent parmi les domaines les plus innovants à 61% contre 53% en moyenne sur les autres secteurs industriels . Chaque année elles lancent 3000 nouveaux produits. Or combien d’entre eux perdurent ? Selon le sémioticien, Bernard Darras il est admis que 7 à 9 innovations sont des échecs . Et si ces échecs étaient dus à une mauvaise qualification de vos intuitions personnelles ? L’intuition se nourrit chaque jour   Vous travaillez depuis longtemps sur votre secteur et vous en êtes persuadé, vous connaissez votre marché. Vous le connaissez probablement si bien que vous vous faites confiance lorsqu’il s’agit de développer une idée neuve. Et vous avez raison, la confiance est un critère essentiel lorsqu’il est question du développement d’un nouveau produit ou d’un nouveau service. Mais faites-vous les bons choix ? Les intuitions se cultivent et passent par l’entretien d’un état d’esprit curieux. Nous vivons dans un monde où s’informer n’a jamais été aussi simple. Mettre des outils en place comme une veille sectorielle internalisée ou externalisée est le premier pas pour confirmer/infirmer ses intuitions. Aller à la rencontre des tendances sur plusieurs échelles, sur des salons dédiés, observer de près son concurrent et son consommateur stimule le potentiel de créativité d’une entreprise de même que l’innovation. On innove mieux à plusieurs   Vous souvenez-vous de ce manager qui vous demandait de mettre sur pied un projet sur la base d’idées floues et dans lequel vous vous lanciez sans trop comprendre pourquoi ? Pour qu’une innovation prenne, il est primordial de fédérer et...
Comment appliquer les méthodes du lean management au processus d’innovation ?

Comment appliquer les méthodes du lean management au processus d’innovation ?

Le lean est un procédé qui relève de l’ajustement permanent, alors que le processus d’innovation est trop souvent représenté de manière linéaire. Pourtant, les méthodes lean se révèlent aujourd’hui indispensables dans le développement vertueux d’un projet. Alors, comment appliquer les méthodes du lean management sans s’enfermer dans un processus de l’amélioration continue qui, poussé au bout de la logique, pourrait s’opposer à la sortie d’une innovation de rupture ?   Concrètement, le lean management repose sur une batterie d’outils permettant d’optimiser les méthodes de travail, de production et in fine d’un produit, selon un principe d’allers-retours correctifs permanents entre le terrain et les clients internes ou externes à l’entreprise. Voici comment le lean management s’applique à un processus d’innovation.   1. La génération d’idées   Lorsque l’on cherche à innover, il faut commencer par savoir à quel besoin ou usage l’innovation va répondre. La première étape est donc l’observation des utilisateurs avec les outils lean, afin de mieux les connaître et de déterminer ce dont ils ont, ou pourraient avoir besoin, et pourquoi.   L’idéation est ensuite la phase qui permet d’identifier les idées innovantes. Selon le lean management, les idées trouvent leurs sources à plusieurs endroits dans l’entreprise et souvent dans les dissonances de process ou d’organisation. Il est donc important dans ce processus de savoir détecter les signaux faibles, qui sont souvent émis par des sources éloignées des instances décisionnelles de l’entreprise.   2. L’évaluation et le choix du concept   En utilisant le lean management, on va mesurer la valeur ajoutée que représente telle ou telle idée innovante pour son utilisateur final. Il s’agit de caractériser...
6 marques qui ont su créer de nouveaux produits en impliquant leur communauté

6 marques qui ont su créer de nouveaux produits en impliquant leur communauté

Consommer rime aujourd’hui avec créer. Les clients ne se contentent plus d’acheter ce que les marques veulent bien leur proposer. Ils mettent la main à la pâte et participent activement au processus de conception des produits, des services et des politiques de communication. L’ère de la « cocréation » est ouverte.   Avec les campagnes de cocréation, tout le monde y trouve son compte : les consommateurs ne sont plus des récepteurs passifs, mais de véritables acteurs, et peuvent bénéficier de produits qui leur correspondent. La marque, quant à elle, peut augmenter les chances de succès de ses produits et prévenir les échecs de lancement. Nous vous présentons ici 6 marques qui ont su créer un véritable engouement créatif auprès de leur communauté.   Starbucks et l’innovation participative : « My Starbucks Idea » Starbucks surfe sur la tendance du consom’acteur   Starbucks le géant américain continue d’innover en termes de marketing. En 2009 est lancé une boite à idée, « My Starbucks Idea », où les membres de la communauté peuvent faire part de toutes leurs idées concernant la société que ce soit sur les cafés, les nouvelles offres, etc.   On parle ici d’un site web collaboratif qui permet aux clients de Starbucks d’accéder à une grande boîte à idées où chacun peut soumettre ses propositions et donner ses souhaits. Les clients peuvent également voter pour les idées suggérées et les commenter.   — Cet espace collaboratif permet un foisonnement des idées tout en donnant la parole très facilement à ses clients. —   Les utilisateurs peuvent ainsi suivre le statut de leurs idées et leur mise en application. Par cette démarche, Starbucks vise l’amélioration de l’accueil et...